Olivier Alleman : « Internet est un levier de développement économique mais aussi social»

27 avril 2022

Devenu homme politique après une carrière dans les médias, Olivier Alleman est en charge du développement numérique du Pays basque via ses différents mandats. Dynamique, aimable et cultivé, il a une vraie connaissance du web qu’il a partagé le temps d’un entretien autour d’un café.

Olivier AllemanQuelle a été votre première rencontre avec internet ? Quelle impression en avez-vous retirée ?

C’était un monde totalement inconnu. J’avais alors quinze ans. Je n’avais pas compris la puissance que cela prendrait ni la possibilité de relier aussi facilement les hommes et les femmes entre eux mais aussi avec des besoins différents. Internet a vraiment créé une économie et je n’avais pas du tout perçu cette future révolution.

Qu’est ce qui vous enchante dans le numérique ?

Plusieurs choses. Pouvoir facilement s’adresser à tout le monde même si cela peut paraitre intrusif car je connais les travers d’internet et des réseaux sociaux. Mais cela permet de s’adresser à la majorité silencieuse. Internet permet aussi de rompre l’isolement d’un certain nombre de personnes. C’est important en termes de lien social. Ensuite pour notre territoire particulièrement c’est un formidable levier de développement économique mais aussi de développement social. Ce sont les trois axes sur lesquels nous travaillons au sein du territoire Pays basque et du Département.

Que redoutez-vous avec le numérique ?

Le déversoir que cela peut être sur les réseaux sociaux. C’est un facteur de lien mais aussi un moyen anonyme autorisant à certains une résonnance importante de leurs propos sans que ceux-ci soient en cohérence avec ce que pense la majorité de la population. C’est une vitrine qui attise des sentiments opposés aux miens et souvent extrémistes. Ce que je redoute aussi dans le développement du numérique c’est le décrochage d’une partie de la population. On peut former les élites de demain mais il ne faut pas perdre en route certaines populations qui ne sont pas acculturées à cette technologie et se sentent exclues du monde à venir. C’est observable dans toutes les catégories sociales et à tout âge de la vie.

De combien de comptes sur les réseaux sociaux disposez-vous ?

Un compte Facebook, un compte Twitter, un compte Instagram et un compte Linkedin. Mon problème est que je n’ai pas le temps de les alimenter assez souvent. Comme je n’ai pas les moyens d’être secondé pour publier, c’est difficile pour moi de rendre compte ce que nous faisons. Par contre je regarde les infos des autres dès que j’ai un moment. C’est plusieurs fois par jour : le matin en me levant et ensuite dès que j’ai un temps mort. C’est de la revue de presse, du benchmarking pour savoir ce que font d’autres dans le territoire et aussi de la veille d’adversaires politiques. Même si les réseaux sociaux ne font pas tout, il faut rester vigilant. J’ai une expérience de vie qui fait que je suis assez blindé sur ce que l’on peut dire sur moi mais cela peut blesser mes proches et du coup me toucher personnellement.

Vous avez été animateur de radio et d’émissions de télévision puis journaliste, tous ces secteurs sont bousculés par la concurrence d’internet. Comment voyez-vous l’évolution de ces médias traditionnels face à l’inexorable concurrence de pure players disruptifs ?

Je reste persuadé que quelque soit le support c’est le contenu qui compte. C’est là où les contenus travaillés et étayés feront la différence. On le consommera à la télévision, sur internet ou sur son smartphone mais c’est la force du contenu qui compte. Mais aux Etats-Unis 55% de la manne économique liée aux médias est passée sur Internet, ce n’est pas encore le cas en France. Nous n’avons pas trouvé le modèle économique pour internet. La publicité ne peut pas financer un site d’informations ou de divertissement. Les revenus issus des abonnements sont alors nécessaires. Et seuls des contenus premium justifient que l’on s’abonne. Il n’y a que ce modèle qui marche. Tous les autres sont déficitaires. La presse qui a migré vers le digital s’équilibre par ses ventes papiers et par les aides de l’Etat. C’est encore un secteur subventionné et de mon point de vue, pour la télévision et le print, un peu trop réglementé alors que l’internet ne l‘est pas. La même réglementation fiscale, publicitaire, de temps de parole doit être étudiée.

En quoi consiste votre mission de conseiller délégué en charge du Numérique et du Territoire intelligent à l’Agglo ?

Les 158 communes de l’Agglomération n’ont pas du tout la même maturité sur ces sujets du numérique. Ainsi 102 n’ont pas un site internet de mairie. Quand on parle de stratégie de développement des usages numériques de l’Agglo avec un projet voté en juillet dernier, on part de très loin en termes d’acculturation pour certains élus. Mon rôle à l’Agglo est de développer les infrastructures comme la 4G, la 5G et la fibre avec l’objectif de connecter tout le territoire du Pays basque d’ici 2025 mais aussi de développer les usages. Il s’agit des usages internes à la Communauté d’agglomération pour optimiser certaines de ses fonctions comme le ramassage des déchets ou la distribution d’eau. Il s’agit aussi de la relation à l’usager. Le but ultime est de faciliter la vie des gens. L’idée par exemple c’est qu’avec une seule application, on puisse récupérer sa facture d’eau, réserver dans les piscines, bref, un outil pour simplifier l’accès aux services de l’Agglo.

Mais ce n’est pas prendre le risque et la responsabilité d’être toujours en retard compte tenu de l’évolution permanente des technologies et du temps de développement d’un projet ?

Il y a une différence de temporalité entre le temps numérique et le temps politique. Mais par exemple nous tiendrons les délais avec la fibre. Il y a aussi parfois des réticences politiques comme avec la 5G. Mais je pense que les résistances les plus fortes sont derrière nous.

La feuille de route de l’ANTIC dont vous êtes président s’inscrit dans la promotion d’un numérique plus accessible et plus responsable. Comment adapter les missions de cette petite agence de trois personnes au rythme rapide de l’évolution du numérique tout en gardant la prudence responsable et peut-être même la lenteur d’une structure publique ?

La première action que j’ai menée a été de rationaliser tout le travail qui se faisait dans le domaine du numérique pour donner à l’ANTIC des missions complémentaires à ce qu’accomplissaient  d’autres services au sein de l’Agglomération ou du Département. Du coup nous avons réparti les missions entre les services numériques de l’Agglo davantage centrés sur les usages comme les sites inernet ou la data. L’ANTIC est plus spécialisée dans le développement du numérique responsable et l’accessibilité du système à tous car il n’y a pas de telles ressources sur le Pays basque. J’ai positionné l’ANTIC comme étant l’assistante à maitrise d’ouvrage pour les collectivités publiques et pour les entreprises souhaitant développer leur numérique responsable. Il y a un retard global du territoire sur l’accessibilité du numérique aux porteurs de handicap. On peut le rattraper. En parallèle, nous avons fait passer l’inclusion numérique sur les services du Département.

 

Bio express

Natif de Bayonne et âgé de 46 ans, Olivier Alleman est conseiller municipal à Bayonne en charge de la « Ville numérique et innovante » et également en charge du Numérique et du Territoire intelligent à l’Agglomération Pays Basque. Il est aussi conseiller départemental, président de l’association ANTIC et Commissaire Général du Concours Général Agricole.
Diplômé de l’école d’ingénieur agronome de l’Ecole Nationale du Génie de l’eau et de l’environnement de Strasbourg, Olivier Alleman a travaillé comme ingénieur avant de bifurquer en 2007 vers le journalisme et la communication. Il est aussi président de l’association Elgarrekin d’aide et se soutien aux handicapés et à leur famille.

Photo : Olivier Alleman  ©DR