Le dilemme de l’écriture inclusive

23 mars 2021

Faut-il intégrer l’écriture inclusive en rédaction ? Si son usage est interdit dans les textes officiels, des entreprises, associations, médias et même des collectivités territoriales l’emploient de plus en plus. Certaines conventions de l’écriture inclusive sont légitimes et citoyennes mais d’autres sont désespérément absurdes et illisibles.

Ecriture inclusiveL’écriture inclusive est interdite dans les textes officiels

En 2015, le Haut conseil à l’égalité entre les femmes (HCE) et les hommes avait publié un guide incitant les pouvoirs publics à adopter une communication « sans stéréotypes de sexe ».

Dans une circulaire publiée dans le Journal officiel du 22 novembre 2017 par Edouard Philippe, alors Premier Ministre, il est invité à ne pas faire usage de l’écriture dite inclusive, en particulier dans les textes destinés au Journal officiel.

Cette circulaire du Premier ministre a fait l’objet de recours demandant son annulation. Le Conseil d’Etat a finalement décidé le 28 février 2019 que l’écriture inclusive n’avait pas droit de citer dans les textes officiels et a ainsi rejeté ces recours.

Néanmoins des collectivités territoriales ont choisi d’employer l’écriture inclusive dans leurs documents officiels provoquant applaudissements ou polémiques et même actions en justice.

Une proposition de loi visant à interdire son usage dans les documents administratifs a été déposée mardi 23 février 2021 par une soixantaine de députés LR et LREM à l’Assemblée nationale.

Trois principales conventions d’écriture dont l’une fait controverse

1 – Accorder en genre les noms de fonctions, grades, métiers et titres

En février 2019, l’Académie française pourtant peu favorable à l’écriture inclusive s’est prononcée en faveur d’une ouverture à la féminisation des noms de métiers, de fonctions, de titres et de grades. Les noms masculins terminés par une consonne se féminisent facilement en ajoutant un « e » tout comme les noms en « eur » qui se féminisent grâce au « e » comme « docteure ». Mais certains mots font débat. Ainsi faut-il écrire « auteure » ou « autrice » ? « Auteure » semble être la forme la plus utilisée. S’il est honnête et juste de féminiser certains mots, reste à le faire avec style.

2 – Utiliser des termes épicènes pour rester neutre

Du grec epikoinos «commun», ces termes ont la même forme au masculin et au féminin. L’emploi d’un terme épicène est donc favorisé en écriture inclusive car il évite de distinguer hommes et femmes et permet de rester neutre. Ainsi on écrira « Le personnel est réuni » plutôt que « Les employés et les employées sont réunis ». Avec « L’équipe est réunie », c’est encore mieux. Si je comprends la logique de l’utilisation des termes épicènes, je crains qu’ils ne poussent parfois à un langage imprécis et sans saveur. User du féminin et du masculin par la double flexion permet alors de rester précis.

3 – L’usage du point médian

«Point médian», «point milieu», ou «point d’altérité», c’est le point le plus controversé de l’écriture inclusive car jugé illisible par ses détracteurs. Les «citoyens» deviennent des «citoyen•ne•s». Personnellement, je considère l’usage du point médian comme disgracieux, excessif et illisible à voix haute. A bannir donc.

Trois autres conventions justes ou absurdes

1 – User du féminin et du masculin par la double flexion

Il s’agit tout simplement de décliner à la fois au féminin et au masculin les mots. On écrira donc « Les étudiants et les étudiantes de l’école sont réunis » plutôt que « Les étudiants de l’école sont réunis ». Depuis longtemps déjà, j’utilise la double flexion qui me parait honnête et égalitaire. Reste ensuite la question de l’ordre du féminin et du masculin. A priori, c’est l’ordre alphabétique qui va primer : «les décorateurs et décoratrices», « les candidates et les candidats ».

2- Ne plus employer les antonomases du nom commun « femme » et « homme »

Une antonomase est une figure de style consistant à remplacer un nom commun par un nom propre ou inversement. Un « Tartuffe » pour un hypocrite ou un « Kleenex » pour un mouchoir en papier. L’écriture inclusive proscrit les antonomases du nom commun comme les « droits de l’Homme » qu’il faudrait délaisser pour les « droits humains » ou les « droits de la personne humaine ». Parfois excessif, évidement militant, ce principe confère à l’écriture inclusive une dimension de novlangue politique mais permet au rédacteur d’écrire politiquement correct.

3 – Règle d’accord avec le sujet le plus proche

Les partisans de l’écriture inclusive souhaitent mettre fin à la règle du masculin qui l’emporte sur le féminin au pluriel. La règle de proximité (ou règle de voisinage) serait alors appliquée : « les villages et les villes sont belles ». Cela sonne bizarre quand on est habitué aux règles grammaticales de la langue française. Mais surtout faut-il aller jusque là pour féminiser la langue française ? Et puis quelle sera la suite ? Si l’écriture inclusive se justifie en termes d’égalité et de justice,  en faire une novlangue vengeresse ne servira pas la cause des femmes. Elles méritent beaucoup mieux que cela.