Trop d’écoles de surf clandestines sur la Côte basque ?

1 octobre 2018

En principe, un nombre défini d’écoles de surf exploite les vagues avec l’autorisation des municipalités. Dans la réalité, s’y ajoutent des écoles de surf clandestines profitant des carences de la législation et de la duplicité de certains moniteurs.

« Il y a une demande très importante en juillet et en août, c’est un business qui marche et j’en vis bien » reconnait un dirigeant d’école de surf de la Côte basque qui préfère témoigner anonymement. Installé depuis une vingtaine d’années, il exerce son activité de mars à décembre avec plusieurs salariés en pleine saison. Comme la majorité de la cinquantaine d’écoles de surf de la Côte basque disposant d’une concession de plage, il s’acquitte une redevance annuelle de quelques milliers d’euros auprès de la mairie dont il dépend. Cette concession lui accorde une exclusivité sur une partie de la zone de plage réglementée située dans la zone abeille symbolisée par des panneaux rayés.

Chaque plage de la Côte basque compte ainsi plusieurs écoles autorisées avec chacune 16 élèves au maximum. « Sur la plage où j’exerce, il y a aussi des écoles qui viennent donner leurs cours sans rien payer à la Mairie. Avec les autres écoles autorisées, nous parvenons en général à nous entendre pour partager intelligemment la zone de surf mais certaines écoles clandestines n’exerçant qu’en pleine saison ne jouent pas le jeu et je peux rien y faire » déplore-t-il. La loi garantit la liberté d’activité sur les plages en dehors des zones réglementées mais le littoral d’une commune –la fameuse bande des 300 mètres- est sous l’autorité du maire. Celui-ci peut interdire l’activité d’écoles de surf pour des raisons de sécurité mais la validité de ces interdictions semble discutable et des écoles clandestines en profitent.

Ni vu ni connu

A Biarritz, inutile d’essayer de débarquer sur une plage pour donner des cours de surf sans autorisation municipale. « La police municipale m’avait fait sortir de l’eau un mois d’avril alors que les plages n’étaient même pas surveillées et en saison c’est un CRS qui m’avait gentiment conseillé d’aller ailleurs » raconte ce moniteur de surf qui dispose aujourd’hui d’une concession sur l’une des plages biarrotes et qui souhaite aussi témoigner anonymement. Comme les autres écoles de surf, il est parfois contraint, lorsque les vagues sont énormes, d’emmener ses élèves sur la plage d’Hendaye car celle-ci est une zone de repli idéale. Mais comme à Biarritz, un arrêté municipal y restreint l’activité d’enseignement du surf aux seules écoles autorisées par la Ville. « J’ai un ami qui a une concession à Hendaye pour son école de surf et j’intègre discrètement mon groupe d’élève aux siens » avoue-t-il.

D’autres moniteurs ne disposant d’aucune concession emmènent leurs élèves un peu partout en jouant –souvent en toute légalité- sur les horaires et limites de plages réglementées. Mais on voit aussi dorénavant des moniteurs avec des petits groupes d’élèves non signalés par leur traditionnel tee-shirt lycra d’école de surf et n’utilisant pas non plus des planches de débutants identiques, l’objectif étant de passer inaperçu aux yeux des autorités. D’autres moniteurs, en s’affirmant « guide de surf » pour des clients possédant leur propre matériel, vont là où ils veulent et importent une activité commerciale dans un espace citoyen.

Privatisation des vagues

« Et la liberté d’entreprendre ? Et puis il y assez de place pour tout le monde ! Les problèmes de cohabitation se posent véritablement du 15 juillet au 15 août et on s’arrange entre nous car nous sommes des locaux qui se connaissent tous » fustige notre moniteur biarrot. Certes mais à cette liberté d’entreprendre s’oppose la liberté du citoyen simple usager de la plage, qu’il soit baigneur ou surfeur.

Comme parfois une grande plage de sable n’offre qu’un seul endroit où déroulent les vagues, on y retrouve deux ou trois écoles de surf et leur quarantaine d’apprentis surfeurs faisant des tout-droit maladroits. Les baigneurs doivent être sur leurs gardes et les autres surfeurs sont gênés par ces débutants ne maitrisant pas encore les règles de priorité. On a même vu des moniteurs de surf cet été à la Côte des basques conseiller à un surfeur en vacances d’aller ailleurs. Celui-ci a refusé, la situation s’est envenimée, des coups ont été échangés. Cette situation illustre la privatisation des vagues par les écoles de surf dès lors qu’elles sont trop nombreuses. La situation demeure malgré tout vivable mais la multiplication d’écoles de surf clandestines commence à poser sérieusement question.

Article initialement publié dans La Semaine du Pays Basque n°1296 du 14 septembre 2018.